Rhinella_margaritifera

Scinax_boesemani

Paleosuchus trigonatus - juvénile

Leptodactylus_fuscus

20h45. Deux yeux grands comme des calots, assez écartés l’un de l’autre et d’un blanc pur sont brièvement accrochés par la torche. Juste deux yeux dans l'obscurité complète. Puis l’animal baisse la tête ou des feuillages font écran. Il doit se trouver devant le criquot peu profond. Je suis convaincue de l’avoir perdu. Difficile d'évaluer la distance, mais à au moins une trentaine de mètres de moi. Intriguée, je presse le pas pour essayer de capter à nouveau ces yeux. Une chose est sûre, ce n'est pas un pian. Je ne crois pas avoir déjà croisé une telle bête. A ce niveau, le layon est sinueux. Je pensais l’avoir mis en fuite, mais il s’est rapproché ! il marche dans ma direction et se trouve sur le layon dégagé. Il est encore loin. Déception : Démarche tranquille, régulière, tête dans l'alignement du dos, c’est un gros chat gris qui musarde, me semble-t-il alors : nez en l’air, il hume. J’ai appris à me méfier de moi-même : j'ai tendance à sur-interpréter quand je rencontre quelque chose de neuf : je distingue un détail marquant sur lequel je focalise, et je me mets à broder autour de l’indice. Alors désormais, prudente, je me tempère, je préfère les déductions a minima plutôt qu’a maxima. Donc, c’est un simple chat. Et la nuit, c’est bien connu, tous les chats sont gris. …Mais enfin non ! pas du tout ! Il s'est un peu tourné, je le vois de 3/4. C’est un ocelot, celui dont un ami m’a déjà parlé ! Il est chez lui, et c'est son heure, pas la mienne. Il arpente son domaine. Il est si calme et marche d'un pas si assuré que je l’avais pris pour un chat domestique qui flânerait - c'est quand même bizarre cette distorsion des perceptions. Mon cerveau me joue des tours, d'autant que les chats harets, la nuit, sont le plus souvent furtifs et prennent des airs de bête traquée, évitant tout contact. De plus près, je découvre un félin plus épais, plus allongé, et les dessins de sa robe. Je traîne avec moi mes deux boîtiers et mes deux objectifs. J’ai pris le 300mm car le temps est clair, je ne crains donc pas une pluie intempestive qui me contraindrait à tout remballer dare-dare, et j’ai préparé mes réglages pour le cas où je croiserais un rapace nocturne. Y’a plus qu’à appuyer sur "On". Sauf que depuis plus d’une heure, je n’ai employé que le 7DII, pour enregistrer des chants de grenouilles - éteindre le flash, débrayer l'autofocus, basculer en vidéo - tout ça 36 fois depuis le début de la balade. Bref, ce n’est pas au 300, en bandoulière côté gauche que je pense, mais au 100mm que j’ai dans les mains, je m’arrête pour monter mes réglages, tournant la molette au jugé en gardant l’ocelot à l’œil. Ne pas perdre une miette de ce félin. Je n'aurai probablement jamais d'autre occasion. Il est en train de m'échapper, je le sais. Je bidouille ma molette, j'y suis presque. Il est arrêté et je n'ose avancer. S'il te plaît, laisse-moi le temps d'une photo. Je reste immobile, mais mes doigts tournent frénétiquement les molettes. Il garde ses distances. Hésite, tête redressée, et toujours tourné de 3/4 vers les taillis. On est encore trop loin l'un de l'autre, je le vois toujours un peu en gris et noir monochromes. Il décide de me fausser compagnie. Hop, d’un bond il est passé dans les fourrés... Je vois encore la ligne de son dos... Il a disparu. Caramba, raté. Encore une fois. Pas de trophée, ça c'est joué à rien, comme d'hab. Ca m'agace. Mais Youpi quand même, c'est mon tout premier Leopardus pardalis ! Ce fut trop court. Ca se compte presqu'en éclats de secondes ;) trop peu, mais moment vécu comme au ralenti.

Didelphis marsupialis - jeune émancipé

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+ un Yéti, un de plus, et donc peut-être un jaguar, et qu'il soit mélanique, je m'en fous. Les exceptions m'indiffèrent. En tout cas frisson, et un 6ème sens cette fois-ci un peu lent à se déclencher.